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Les juifs de Russie
avant l'action d'Horace de Gunzburg

Les Juifs de Russie ont été en butte à des contraintes dès le 11ème siècle déjà : interdictions de séjourner tantôt ici, et tantôt là.

Mais les problèmes sérieux firent leur apparition dans la Russie Impériale vers la fin du 18ème siècle, dès lors qu'à trois reprises (1772, 1793 et 1795) des territoires polonais furent annexés à la Russie.

Ces annexions eurent pour effet d'accroître considérablement la population juive. Il est question de 600.000 à 700.000 personnes, et les promesses faites par Catherine II ne tenaient pas compte de chiffres aussi élevés. Dès ce moment, pour les Juifs de Russie, seul était permis ce qui n'était pas défendu…

Par un décret de 1794, ces derniers furent assignés à résider dans un territoire géographiquement délimité, et sur lequel ils ne pouvaient exercer que certains métiers précis. C'est ainsi que naquit la Zone de Résidence, qui allait progressivement s'étendre de la Baltique à la Mer Noire.

Les Juifs qui souhaitaient améliorer leur sort bénéficièrent d'un statut spécial: s'ils voulaient devenir commerçants ou citoyens, ils devaient payer deux fois plus d'impôt que les non-juifs.

Peu après, il fut décidé que certains Juifs seraient recensés et expulsés des villages pour les installer en ville. Ces mesures eurent pour effet de priver beaucoup de familles de leurs meilleurs éléments, les réduisant ainsi à la misère.

Dès 1855, les premières années du règne du Tsar Alexandre II apportèrent une amélioration au sort des Juifs de la Zone de Résidence, qui aussitôt le surnommèrent le «Tsar juste ». Il fit approuver une loi qui permettait aux Juifs qui pratiquaient certaines professions (artisans, marchands, distillateurs) de quitter la Zone, pour autant qu'ils soient contrôlés par des groupements professionnels et par la police locale qui leur délivraient des certificats de «bonne conduite». Par la suite, et grâce aux réformes économiques introduites par Alexandre II, le capitalisme fit son apparition, de même que l'industrie.

Beaucoup de Juifs étrangers qui avaient des capitaux à placer saisirent ces opportunités, et s'associèrent avec les Juifs qui avaient quitté depuis longtemps la Zone de Résidence et s'étaient fait «une situation». A St-Pétersbourg s'établirent les Rosenthal, les Friedland, les Zaks, les Brodski, les Poliakov. Dans une autre catégorie se trouvait le Baron Evzel de Gunzburg (père d'Horace), qui occupait une place à part dans l'histoire de la communauté juive.

Les banquiers et industriels représentaient une infime proportion de la population juive de Russie : 1.250.000 Juifs en 1825, 5 millions à la fin du 19ième siècle ! Cette communauté n'était pas organisée, et de ce fait incapable de défendre ses droits. La seule organisation juive moderne était la Société pour le Développement de la connaissance juive créée en 1867 à St-Pétersbourg. Le Baron Evzel de Gunzburg était l'un de ses fondateurs. Il était conscient qu'une amélioration de la situation prendrait du temps, et que ce n'était pas là la solution aux problèmes des Juifs de la Zone de Résidence. En 1860, la récolte fut catastrophique, et cette calamité frappa particulièrement la communauté juive de la Zone, qui connut la famine et son cortège d'épidémies et de déplacements de population.

En 1863, le Baron Evzel de Gunzburg proposa au gouvernement de mettre sur pied un programme de développement de l'agriculture dans la Zone, et demanda par la même occasion une amélioration de la condition sociale et des droits des Juifs.

Horace de Gunzburg
Le Baron Horace de Gunzburg
L'intellectuel Nikolaï Bakst prit la relève, attira dans son sillage Samuel Poliakof.

C'est ainsi que 4 grandes et puissantes personnalités se groupèrent autour du Baron Horace de Gunzburg, et qu'ensemble ils signèrent la «lettre d'appel» envoyée à 10.000 Juifs aux 4 coins de la Russie.

Les retombées dépassèrent les espoirs les plus fous et 204.000 roubles arrivèrent de 407 localités. A cette somme le Baron Horace de Gunzburg ajouta 25.000 roubles, une fortune considérable à l'époque. Ainsi naquit l'ORT !

Et 83 centres de formation agricole et artisanale virent le jour, le commencement de la fin de la misère pour quelques millions de Juifs russes.

 


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