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Lettre privée :
L'un des soussignés, S. S. Poliakov, a soumis à Monsieur le Ministre de l'Intérieur une proposition émanant de plusieurs Juifs russes et tendant à recueillir, parmi leurs coreligionnaires, un Fonds destiné à une oeuvre d'aide et d'utilité publique, à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de l'avènement de Notre Bien-Aimé Monarque, célébré le 19 février 1880. S. S. Poliakov a sollicité à cet effet la bienveillante autorisation de Sa Majesté Impériale, et, pour sa part, il a fait don de vingt-cinq mille roubles en faveur de cette oeuvre.
Monsieur le Ministre de l'Intérieur a daigné faire parvenir à S. S. Poliakov, le 22 de ce mois de mars, la réponse suivante à cette requête:
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« Sa Majesté l'Empereur après avoir gracieusement écouté mon rapport sur la proposition faite par des Juifs russes de réunir entre eux un Fonds à destination charitable en commémoration du 19 février 1880 et sur le don de vingt-cinq mille roubles consenti dans ce but par Votre Excellence, a daigné, du haut de Sa Grandeui acquiescer à cette donation et m 'a ordonné d'en remercier Votre Excellence.
J'ai fait valoir à Sa Majesté que les dons seraient collectés par Votre Excellence à titre privé et que des rapports seraient présentés par la suite sur l'utilisation du capital. »
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Dès réception de cette lettre, S. S. Poliakov s'est adressé aux personnes soussignées et les a invitées à entreprendre une action commune tant en vue de la constitution du Fonds que pour l'établissement des oeuvres sociales qui devront être créés au moyen des revenus de ce capital.
Les soussignés ont pris connaissance avec une joie sincère de la bienveillante autorisation de Sa Majesté l'Empereur de perpétuer le souvenir de cette journée par une oeuvre d'utilité publique pour la communauté juive.
Quant au caractère à donner à cette oeuvre, les soussignés estiment que, parmi les nombreux besoins de nos coreligionnaires en Russie, la première place revient incontestablement au manque de travail artisanal et agricole. Rien ne saurait donc alléger davantage, la situation de la masse de nos coreligionnaires qu'un développement adéquat et systématique du travail artisanal et agricole parmi eux. En conséquence, les soussignés estiment que l'uvre la plus utile que l'on puisse réaliser devrait consister en la création d'un fonds aussi élevé que possible, dont les revenus seraient utilisés aux fins de soutenir et de développer les écoles artisanales existant déjà pour les Juifs, de contribuer à l'ouverture de nouvelles écoles, de faciliter le déplacement des artisans d'un lieu à un autre, d'aider les colonies agricoles juives et de créer de nouvelles colonies, des fermes-modèles et des écoles 'agricoles. L'affectation de ces revenus aux divers buts susmentionnés sera confiée, sur notre proposition, à une Société. Au sujet de la création de cette Société, nous demanderons une autorisation spéciale au Ministère de l'Intérieur dès que nous aurons collecté une part appréciable du Fonds.
Si vaste que soit le plan auquel devront servir les revenus du capital escompté, c'est avec une pleine confiance en son succès que les soussignés s'adressent à vous, Monsieur. Ils puisent essentiellement cette conviction dans les sentiments de joie que cette noble entreprise suscite en chacun d'eux.
La misère qui règne parmi la masse de nos coreligionnaires a atteint des limites extrêmes, et nous sommes persuadés que cette misère ne peut être soulagée que par la propagation du travail artisanal et agricole.
C'est pourquoi les soussignés espèrent, Monsieur, que vous apporterez à l'uvre naissante toute l'aide possible, tant en participant personnellement à la souscription qu'en gagnant d'autres personnes à cette cause. La participation d'un nombre de personnes aussi grand que possible à cette souscription nous tient particulièrement à cur, et un rouble venant d'un pauvre ne nous est pas moins précieux qu'un don de dizaines de milliers de roubles.
Nous vous prions d'adresser votre contribution à Saint-Pétersbourg, au nom de Samouil Solomonovitch Poliakov, qui a déjà pris les dispositions nécessaires pour que toutes les sommes qui parviendront à cet effet soient placées à la Banque d'Etat. Les noms des donateurs seront publiés ultérieurement. Le présent appel revêt le caractère d'une lettre privée et ne doit pas être publié dans la presse.
Les personnes qui feront parvenir leur don avant le 15 juillet de cette année seront considérées comme membres fondateurs de cette oeuvre.
Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de votre parfaite considération et que Dieu bénisse l'uvre que nous entreprenons.
L'original est signé des noms suivants:
S. S. Poliakov,
Baron H. 0. Gunzburg,
A. I. Zak,
L. M. Rosenthal,
M. P. Friedland.
Saint-Pétersbourg, le 10 avril 1880.
Traduit du russe.
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