Association ORT - SUISSE  -  Gazette Numéro 32 - septembre 2005
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Jacqueline Maus...

Ce que nous savons d'elle

Jacqueline Eger est née à Paris le 7 mars 1910, l'aînée de deux garçons, adulée par son père, pour lequel elle avait une adoration. Elle a fréquenté le Cours Victor Hugo, square Lamartine, jusqu'au Brevet Supérieur. Par la suite elle a appris la sténo, qu'elle n'a jamais tout à fait oubliée...

C'est à l'occasion de vacances au Palace de Villars que l'année de ses 18 ans elle a rencontré André Maus, qui allait devenir son mari. Jacques, l'aîné de ses fils est né quelques jours avant ses 20 ans. Sont nés ensuite Bertrand et Olivier.

Il faut se souvenir que Jacqueline Maus était une grande sportive. Non seulement était-elle capitaine de l'équipe féminine du Golf Club de Genève, mais à la barre de son voilier de 6 mètres elle a participé à de nombreuses régates sur le Lac de Genève. A cette époque-là, elle était la première femme à barrer un voilier.

Jacqueline Maus jouait au bridge depuis l'âge de 16 ans. C'est sa mère, alors jeune veuve, qui lui avait enseigné ce jeu, faisant d'elle une championne. Et c'est grâce à cette passion qu'elle est entrée à l'ORT. Elle était membre de l'Equipe Nationale de Bridge lorsqu'en 1956 Madeleine Bigar lui a demandé de prendre en mains l'organisation du tournoi de l'ORT. Elle en a fait un tournoi international, qui existe toujours !

En 1960, Max Braude, alors Directeur Général de l'ORT Mondiale, l'encourage à accepter la présidence de l'ORT Féminin Suisse et en 1973 elle devient présidente de l'ORT Suisse. Quatre ans plus tard, en 1977, elle est élue vice-présidente de l'ORT Mondiale et membre du Comité Administratif.

Jacqueline Maus était déjà très attachée à l'Etat d'Israël et lorsqu'a éclaté la Guerre des Six Jours, elle avait entraîné toutes les organisations féminines juives de Genève à travailler en commun pour apporter un soutien au Keren Hayesod. Par la suite elle en était devenue la vice-présidente pour Genève.

Très souvent honorée et remerciée par l'Etat d'Israël, en 1990 elle a été la première femme à recevoir l'”Israël Goldstein Prize”. Une médaille lui a été remise ce jour-là, au cours d'une mémorable cérémonie organisée à la Knesset.

Même si elle s'intéressait et soutenait plusieurs oeuvres philanthropiques, c'est à l'ORT qu'elle consacrait l'essentiel de son temps et de son énergie. Organisatrice née, elle était constamment en réunions et en voyage aux quatre coins du monde, ou alors occupée à organiser une manifestation, un rallye, un gala.

Elle aimait : sa famille, intensément. Et puis : la vie en général, être entourée de gens jeunes, la peinture, le bridge, le football, la lecture, le cinéma, les mots croisés, la gastronomie, les gadgets, les patiences, sortir et recevoir, le bricolage (très adroite de ses mains), l'architecture, la technologie...

Elle détestait : la contradiction, la bêtise, la lenteur et surtout... qu'on lui fasse des remarques sur le nombre de cigarettes qu'elle fumait !

Elle nous a quittés le 12 septembre 1995.

Lady ORT... et nous


Un diaporama d'images et de son

 Cliquer pour agrandir Sa voix. Mon premier coup de fil chez elle :
- Bonjour Monsieur. Puis-je parler à Madame Maus ?
- C'EST Madame Maus au téléphone...

1960. Nous sommes tous assis dans le lounge du Grosvenor House. Nous attendons l'heure d'assister au dîner de gala célébrant le 80ème anniversaire de l'ORT. Elle a enlevé son collier de diamants et d'émeraudes qui circule de mains en mains. Soudain, une voix anglaise : “Mince alors ! Un demi million !”

Même en réfléchissant longtemps, je ne pourrais citer aucune autre personne aussi impliquée par tout ce qui concernait l'ORT. Aussi bien informée, aussi généreuse. Durant près de 30 ans elle a dirigé l'ORT Suisse depuis son bureau à l'ORT Mondiale de Genève. Il faut bien le reconnaître, presque tout ce qu'elle connaissait de l'ORT dans le monde, elle l'avait appris au travers de son amitié et de son admiration pour l'Américain Max Braude, Directeur Général de l'ORT Mondiale. C'est lui qui a guidé l'ORT durant les difficiles années de l'après-guerre, quand l'Organisation se développait afin de répondre aux défis posés par de nouveaux pays, de nouvelles communautés.

Max Braude était son gourou, l'ORT était sa religion.

Devant l'intérêt qu'elle montrait pour les étudiants eux-mêmes et pour les technologies nouvelles qu'on leur enseignait, les directeurs d'écoles étaient toujours heureux de l'accueillir. Du reste le choix des gadgets qu'elle envoyait chaque année pour soutenir des projets était bien le reflet de son attirance pour les nouveautés techniques.

Max Braude avait compris qu'il fallait stimuler les dames responsables des organisations nationales, dont les actions étaient couronnées de succès. “Women's International ORT” a été créé en pensant à des personnalités telles que Jacqueline Maus et Minnie Wingate.

Jacqueline était un personnage original, l'une des plus aimées et inoubliables de tous les supporters de l'ORT dans le monde de ces 50 dernières années.

En ma qualité d'ancien professionnel de l'ORT Mondiale, j'ai travaillé en étroite collaboration avec elle. Je n'oublierai jamais sa largesse d'esprit et son humour, et sa faculté de mettre la main à la pâte dès qu'on avait besoin d'aide.

Il n'y a que pour Jacqueline que j'ai accepté de convoyer par avion un Yorkshire terrier, de Londres à Genève. Et personne d'autre qu'elle n'aurait pu me faire trouver amusant d'assister à un match de foot avec les dirigeants du Servette !

Elle seule a eu le cran de justifier, avec un sourire en coin, l'achat, pour quelques millions de livres, d'une toile de Picasso représentant un acrobate, en déclarant : “Le garçon est tellement mignon ! Je n'ai pas pu résister...”

Elle me manque terriblement.

Robin Gilbert


L'ORT avant tout

En effet, à mes yeux, Jacqueline Maus c'était l'ORT, d'abord et surtout, mais son souvenir évoque aussi d'autres images fortes : le bridge, le sport et les fameux rallyes de l'ORT qu'elle organisait si bien.

Pour moi Jacqueline Maus était une figure importante de notre société, un exemple de volonté, de courage, de générosité et de bon sens.

Elle nous manque, mais elle est très présente dans notre pensée.

Denise Elfen


Plus fort que les mots

 Cliquer pour agrandir Je l'aimais tellement que ma mère en était jalouse. Et, de vous à moi, elle avait de bonnes raisons de l'être !
J'ai travaillé 10 ans avec et pour Madame Maus, et ces années-là ont transformé ma vie, car j'ai découvert à ses côtés la satisfaction d'aller travailler tous les jours avec la certitude que ce que l'on fait est utile.

Notre histoire a commencé avec une étoile de David, et s'est terminée de même. Je raconte...
C'était dans les années 70-80, je dirigeais alors une importante boutique de luxe à Genève et Madame Maus me rendait visite chaque année pour me “taper” un lot pour la loterie de l'ORT. Cette année-là, en 1981, elle portait en collier une chaîne constellée de breloques. Dont une étoile de David ancienne, ornée de pierres précieuses . Fascinée, je ne pouvais en détacher les yeux, ce que, remarquant comme elle remarquait tout, elle me dit : “Qu'est-ce que vous regardez ? J'ai de la cendre de cigarette ?” “Non Madame, c'est votre maghen David. Il est superbe.” “Parce que vous savez ce que c'est, vous, un maghen David ?”
Effectivement, mon patronyme ne me désignait pas de prime abord comme étant juive !
De ce jour-là elle n'a pas cessé de me dire et redire qu'elle avait besoin de moi à l'ORT, et enfin, en 1985, j'ai franchi le pas.
Lors d'un des voyages que j'ai fait avec Madame Maus en Israël, elle a été honorée par le Keren Hayessod et reçue avec faste à la Knesset. A cette occasion on lui a remis une médaille, qu'elle a fait monter en broche, enserrée dans... une étoile de David !
Cette broche, elle la portait presque tous les jours. Depuis 1995, c'est moi qui l'ai. Elle me l'a léguée. Olivier et Didier Maus me l'ont remise alors, et je leur ai raconté cette histoire.
C'est avec la même émotion que je l'écris pour vous aujourd'hui.

Pourtant, je ne peux pas dire que j'ai démarré en fanfare ! Je venais de commencer mon mandat à l'ORT. Madame Maus avait organisé une première de film à Meyrin. Elle m'avait demandé de lui procurer un porte-voix. Sur le moment j'ai été surprise, mais on m'avait prévenue : “c'est une originale”. Alain Choisy m'en a prêté un, superbe, rouge flamboyant. Le grand soir arrive. La salle est pleine. Quelques minutes avant d'entrer sur scène pour prononcer son discours de bienvenue, Madame Maus me demande son porte-voix. J'exhume l'objet de son emballage. “Qu'est-ce que c'est que ça ?” hurle-t-elle. “Mais... votre porte-voix”. Vous l'aurez compris, c'est un micro et des amplis qu'elle désirait bien entendu. Je passe sur l'échange assez vifs des propos...
Le temps d'aller chercher le tout à La Placette, nous avons commencé avec 45 minutes de retard !

La dernière fois que j'ai vu Madame Maus, j'étais assise sur le bord de son lit. Elle m'a dit : “Si ça vous fait plaisir, vous pouvez m'appeler Jacqueline...”
Très émue, j'ai répondu que je la remerciais beaucoup mais que ça n'apporterait rien de plus aux sentiments profonds que j'éprouvais envers elle.
Pour moi elle était, elle est et sera toujours Madame Maus, l'inoubliable.

Reine Caulet-Colbert


Au-delà des apparences

Ma belle-mère, Madeleine Bigar, la maman de Claude, aurait pu vous parler de Jacqueline Maus mieux que je ne saurais le faire. Car c'est elle que Jacqueline Maus a remplacée à la présidence de l'ORT, après avoir été responsable du tournoi de bridge qui porte aujourd'hui son nom. Ce qui me vient à l'esprit c'est que sous un abord qui pouvait étonner, sous des dehors brusques... se révélait une grande sensibilité, je dirais presque une certaine vulnérabilité.

Elle voulait en imposer, mais n'était pas aussi dominatrice qu'elle le laissait paraître.
Je garde de Jacqueline Maus le souvenir d'une personnalité de valeur, une femme d'un grand mérite qui pensait à faire du bien et à aider autrui, en particulier la jeunesse. Et je me souviens avec émotion et nostalgie des conversations en tête à tête, dans l'intimité de son bureau…

Nicole Bigar


Une amie avant tout

 Cliquer pour agrandir Jacqueline Maus était ma cousine par alliance, mais bien plus encore c'était avant tout une amie, et, malgré notre différence d'âge, je dirais même une “bonne copine”.
Sous ses allures bourrues elle cachait un cœur immense et une grande générosité. Un exemple parmi tant d'autres : il y a fort longtemps, j'étais en vacances à l'Ile Maurice avec ma mère lorsqu'un cyclone s'est abattu sur l'île. Jacqueline a immédiatement téléphoné à mon frère car elle était prête à nous envoyer un avion spécial pour nous ramener en Suisse ! Heureusement, nous étions déjà dans l'avion (de ligne !) du retour...

Elle me faisait confiance pour bien des choses, mais une de ces “missions”, mémorable celle-là, est liée à son 80ème anniversaire. Il s'agissait d'organiser, en faisant équipe avec son fils Olivier, trois dîners de 450 personnes chacun, sous une tente installée derrière sa maison de Cologny. J'en garde un souvenir merveilleux. Je me souviens aussi que la tente, immense, comportait des fenêtres, ce qui était le rêve de Jacqueline depuis toujours. Et aussi qu'elle avait été larguée sur place par un hélicoptère, lequel, ce faisant, avait privé les arbres environnants de toutes leurs feuilles, transformant le paysage en scène d'apocalypse !

Je n'ai jamais regretté le jour où, me voyant oeuvrer pour la WIZO aux côtés de Marcelle Brunschwig, Jacqueline Maus s'est dit “cette petite-là, il me la faut au comité de l'ORT !”. C'était en 1965 ou 66... et le début d'une belle amitié.

Martine Schoenwald


Jacqueline Maus? Un personnage

 Cliquer pour agrandir Un personnage, en effet, qu'on voyait une seule fois et qu'on n'oubliait pas !
Une très forte personnalité qui savait s'imposer, qui imposait le respect, cela tout ceux qui l'ont approchée vous le diront. Ils vous parleront aussi de son comportement excessif et de ses remarques... pour le moins directes. Personnellement, pour avoir travaillé si longtemps à ses côtés comme vice-président de l'ORT Suisse et membre de l'ORT Mondiale, ce sont d'autres côtés de Jacqueline que j'aimerais mettre en lumière.

Tout d'abord, son intelligence, sa vivacité d'esprit, son perfectionnisme et son sens de l'observation. Elle aimait aussi faire se rencontrer les gens qui avaient des intérêts communs, et surtout un intérêt pour l'ORT ! Du reste tout au début c'est grâce à l'ORT que nous nous sommes rapprochés. Mais c'est grâce à Jacqueline que Léa et moi nous nous sommes tellement impliqués pour cette organisation qui lui doit énormément, tant sur le plan suisse que mondial.
Par la suite, d'autres liens amicaux se sont tissés. La sachant seule, nous l'invitions très souvent chez nous ou dehors, en petit comité ou en groupe... pour Thanks Giving, par exemple. Mais toujours avec des gens de son niveau, et grâce à ses multiples centres d'intérêt, les discussions étaient toujours passionnantes.

Jacqueline se comportait en femme d'affaires, qu'elle était d'ailleurs, et appliquait à l'ORT des règles de pur marketing. Je n'oublie pas le don qu'elle avait d'obtenir le meilleur des personnes qui travaillaient avec elle, et son flair pour les repérer.
En 1985, quand elle a eu la bonne idée d'engager Reine Caulet-Colbert, et l'avenir a démontré que l'idée était bonne, elle a organisé un déjeuner (auquel assistait aussi Robin Gilbert), pour nous la présenter et avoir notre approbation. Car, mine de rien, il lui arrivait de tenir compte de mes conseils !

Dire qu'elle laisse un grand vide, c'est peu dire. Elle manque à sa famille, à ses amis, à Genève, à l'ORT.
Ne l'oublions pas.

Paul Guggenheim

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