
En apprenant que cette Gazette no 32 serait une "Spéciale Jacqueline Maus", j'ai tout de suite songé à lui dédier cette chronique.
Je laisse donc les souvenirs s'évader de ma mémoire, et je vous les livre en vrac, avec ma franchise habituelle. Car peu de personnalités présentent, comme c'était le cas pour ma cousine, à la fois d'immenses qualités et d'énormes défauts.
Au chapitre des qualités, je dirais qu'elle était "tout en une" : Jacqueline Maus était la générosité personnifiée, car elle était généreuse de son temps et de sa personne, et, bien entendu, financièrement aussi.
Proche de sa générosité il y avait aussi sa qualité d'écoute. Elle s'intéressait sincèrement à autrui, écoutait attentivement et en tirait des conclusions avec une étonnante logique.
A côté de cela elle croyait être la seule capable d'exécuter certaines missions, parfois très futiles.
Elle avait décrété que le thé qu'on buvait chez sa tante -ma grand-mère- était du "pipi de chat". Mais heureusement, grâce à elle, Genève avait appris à boire du "vrai thé"...
De même, selon ses dires, c'était elle qui avait introduit à Genève la coutume d'offrir du muguet le 1er mai, et elle aussi qui avait appris à la plus célèbre fleuriste de la ville à faire des bouquets !
Et quand Jacqueline Maus avait en tête une idée bien arrêtée il fallait que ça marche comme elle l'avait décidé. Sinon... Lors de la visite d'une école de l'ORT en Israël, l'année de ses 80 ans, elle a interrompu au beau milieu un concert donné en son honneur en déclarant : "Ca suffit ! A Genève nous avons tous les concerts que nous voulons. Ma famille, mes amis et moi nous sommes ici pour visiter l'école et nous allons la visiter, maintenant". Vous imaginez la vexation et la frustration des musiciens, peut-être atténués plus tard par la lettre d'excuses qu'elle a dictée à leur intention, une fois rentrée à Genève.
Dès la mort de son mari, elle a abandonné tous les sports qu'elle pratiquait -le golf et le yachting, entre autres, mais pas les cartes !- pour consacrer sa vie à l'ORT.
Parce que c'était "bon pour l'ORT", mais aussi parce qu'elle aimait ça, elle avait une vie sociale intense et ne comprenait pas qu'on puisse, comme ma mère, femme de son associé, vivre discrètement et de manière effacée.
Jacqueline Maus se sentait du reste investie d'une fonction de femme d'affaires, rôle qu'elle aurait tenu admirablement, c'est certain. Malheureusement l'entreprise familiale était alors phallocrate et les femmes n'y étaient ni comprises, ni admises !
Je le dis avec tendresse, Jacqueline Maus représente à mes yeux un personnage atypique, attachant... mais pas de tout repos !